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La frontière entre le Canada et les États-Unis s'étend sur 8 891 kilomètres (5 525 milles), de la rivière Sainte-Croix du côté de l'océan Atlantique jusqu’au détroit de Juan de Fuca du côté du Pacifique, et du chenal Dixon Entrance dans le Pacifique jusqu’à l'océan Arctique. Elle constitue la limite de dix États, de sept provinces et d'un territoire, en plus de traverser quatre des cinq Grands Lacs. Du lac des Bois en Ontario jusqu’au Pacifique, la limite entre le Canada et les États-Unis est la plus longue frontière rectiligne du monde.
La frontière commune nous sert bien, et elle a été entretenue en collaboration pendant cent ans. La frontière établit les limites de la souveraineté nationale, des droits étatiques et provinciaux, des pouvoirs des administrations locales et de certaines parcelles de terrain privé. Elle permet de délimiter avec précision un espace aérien et des lieux faisant l'objet de droits miniers. Sans la frontière, certaines localités contiguës trouveraient difficile de tout gérer, qu'il s'agisse de l’application de la loi, l'évaluation des taxes scolaires, ou les limites de vitesse (tantôt en kilomètres, tantôt en milles).
La frontière entre le Canada et les États-Unis englobe une longue histoire d'engagements politiques productifs et mutuellement bénéfiques. Elle est le résultat de nombreuses années de diplomatie ardue et de quelque 20 ententes, conventions et traités conclus entre quatre pays souverains : les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni et la Russie. La limite entre l'Atlantique et le Pacifique a été déterminée à l'occasion du Traité de Paris, en 1783, la Convention de commerce de 1818 et le Traité de l'Orégon de 1846. La frontière qui va du Pacifique à l'océan Arctique, remonte à la Convention de 1825 et à de plus récents jugements relatifs au territoire.
La démarcation et l'entretien de la frontière représentent le mandat de la Commission de la frontière internationale (CFI) depuis le 4 juin 1908, lorsque les États-Unis et le Royaume-Uni (représentant le Canada) ont convenu par traité de nommer chacun un commissaire. Un traité signé en 1925 allait permettre aux commissaires du Canada et des États-Unis qui dirigeraient conjointement la CFI d'inspecter la frontière, de réparer ou reconstruire les bornes, de maintenir les lignes de visée bien dégagées, d'installer des bornes neuves et de faire rapport une fois l'an à leur gouvernement respectif. Le commissaire du Canada est aussi guidé par la Loi sur la Commission de la frontière internationale qui établit que la CFI a pour mission d'entretenir une frontière effective entre les deux pays.
Les États-Unis et le Canada ont fait preuve d'une collaboration enthousiaste aux fins de la démarcation, de l'entretien et de la représentation cartographique. La démarcation consiste à matérialiser la frontière en installant des milliers de bornes pour la rendre visible. L'entretien comprend les soins généraux prodigués à ces mêmes bornes ainsi que le dégagement de lignes de visée à travers les arbres. La représentation cartographique consiste à créer et tenir à jour des cartes de frontière officielles.
La CFI s'est révélée discrètement efficace au cours du dernier siècle et les quelques rares désaccords qui ont pu surgir ont été résolus par ses deux commissaires. Elle représente donc un véritable partage de ressources, d’intelligence et de bonne volonté dans la poursuite d'un objectif commun.
Les sections canadienne et américaine de la CFI disposent chacune de ressources qui leur sont propres. Tous les ans, les deux commissaires collaborent pour répartir les travaux équitablement entre les deux sections. Certaines parties de la frontière nécessitent un entretien continu en raison du relief, de la végétation et de l'utilisation du sol à proximité; d'autres parties nécessitent moins d'attention.
Les activités d’arpentage permettent à certains habitants d’Estcourt (Maine) et de Pohénégamook (Québec) de savoir que le vestibule de leur maison se trouve aux États-Unis et la cuisine, au Canada. Elles permettent aussi aux chasseurs d’orignaux du Maine et aux golfeurs du sud de la Saskatchewan de savoir qu’ils ont franchi la frontière et qu’ils se trouvent dans un autre pays. Quant aux pêcheurs de crabes de la baie Boundary, ils doivent à la CFI de savoir en tout temps à quelle réglementation se conformer quand ils sont en mer. Les travaux d'arpentage donnent ce que les gens attendent d'une frontière : la délimitation de leur espace.
La CFI symbolise aussi la collaboration permanente qui existe entre nos deux pays, en tant que pays limitrophes. Ainsi, l’Arche de la paix située à la frontière entre le Washington et la Colombie-Britannique, et le Jardin de la Paix qui se trouve à la frontière entre le Dakota du Nord et le Manitoba témoignent de solides liens historiques et culturels entre les Canadiens et les Américains. Sans le travail de la CFI, nous ne saurions guère par où passe la frontière.
En tant que commissaires de la Commission de la frontière internationale, nous souhaitons continuer à représenter un solide partenariat entre deux voisins, au moment où la CFI entreprend son deuxième siècle d'existence.
David Bernhardt et Peter Sullivan, commissaires, Commission de la frontière internationale.